ACADÉMIE

d'AIX  EN  PROVENCE

SORTIE  FOUILLES  PLACE  DE  VERDUN  LE  18 DECEMBRE  2017

Les fouilles de la place de Verdun

 

Lundi 18 décembre 2017, les Académiciens étaient à nouveau de sortie mais pour marcher, chaussures plates à la clef, virtuellement sur les traces de l’Histoire aixoise, au cœur des fouilles qui ont transformé la place de Verdun en un chantier où s’activent les archéologues. Et tandis que se dévoilaient sous leurs yeux, dans la fraîcheur hivernale des pans de murs, des segments de voies, des arcs de caves voûtées et de parfaites circonférences de puits, notre consœur Nuria Nin, juchée sur la rampe du plan incliné d’accès au palais de justice, a présenté avec passion et compétence un état de la situation.

 

La première information que nous a livrée notre guide était que nous nous situions au niveau de la porte sud-est de la ville, accès utilisé jusqu’au XIIIème siècle. C’était donc un lieu de passage, à la périphérie de la cité et le point d’arrivée de la voie Aurélienne dont le tracé correspond à l’actuelle rue du Petit Saint Jean. La voie romaine qui a été dégagée, bombée et imperméable (1) était revêtue d’un sol caillouteux posé sur un entassement de pierres. Il n’était pas question de pavés. Sa largeur correspondait à 6 ou 7m ce qui permettait une double circulation. De part et d’autre, des allées latérales favorisaient la circulation des piétons, des troupeaux et des cavaliers. Le Cardo Maximus a pu, lui aussi, être repéré dans cet environnement.

 

Pour les périodes suivantes, la fonction judiciaire de ce point excentré par rapport au centre ville est attestée très tôt. A proximité, se dressait un mausolée marquant un cimetière disparu. On a retrouvé un certain nombre de murs et la voie Aurélienne qui était visiblement moins utilisée (elle n’était plus en service aux III° et IV° siècles) a été transformée en espace funéraire puisque percée d’une trentaine de sépultures. La présence de tombes (toujours implantées hors de la ville) prouve, en outre, que, dans l’Antiquité tardive, s’était opérée une rétractation de l’activité urbaine autour de trois pôles : le bourg Saint Sauveur, La Seds et les Tours conservées alors à l’emplacement de l’actuel palais de Justice.  Les fouilles entreprises ont mis à jour des rebuts métalliques, des éléments issus de l’abattage, relevant de la faune et de très nombreux silos (2) ce qui laisse entendre que l’artisanat se développait à cet endroit. Pour les silos destinés à recevoir des grains, la quantité découverte est telle que l’on est persuadé qu’une activité agricole de grande ampleur fleurissait à proximité et que l’on assurait la conservation de produits agricoles en de grandes quantités.

 

Pour les périodes allant du VIIIème au XIème siècle, on sait qu’une forteresse était ancrée sur les portes de la ville, signe d’une gestion collective. Par la suite, à savoir aux XIème et XIIème siècle, les comtes de Provence établirent leur demeure en ce lieu, l’Histoire l’atteste. D’ailleurs le palais connut une extension matérialisée par des ailes au sud et à l’est. On peut voir la base de la façade Est qui a été mise à jour par cette campagne de fouilles(3).

 

Si l’on poursuit l’inventaire on remarque aussi de solides piliers et un pavement qui sont la base d’une chapelle dans l’enceinte du palais (4). Au-delà, une belle calade correspond à une rue qui desservait l’église itinérante de la Madeleine avant qu’elle n’émigre de l’autre côté de la place (5). Plus loin, on aperçoit un grand nombre de caves desservies par de beaux escaliers, des puits parfois mitoyens (6) qui attestent d’une proximité foncière particulière mais dans ces cas de figure nous nous situons déjà au XVII° siècle.

 

Les fouilles n’ont pas confronté les archéologues à des surprises qui les auraient étonnés. Elles ont plutôt confirmé des pressentiments et témoigné de la vie économique de ces lieux. Le projet de réaménagement des places présente un avantage, il va remettre en perspective le quartier Villeneuve puisque ses axes vont se prolonger dans le nouveau paysage urbain (pour reprendre une expression très en vogue) qui est en cours de réalisation. Un projet de mise en lumière de quelques éléments découverts lors de cette campagne de fouilles est à l’étude. Des fenêtres de verre incrustées dans le sol assureraient une visibilité discrète et rendraient à la place sa fonction.

 

Le président Jean-Jacques Lecomte a remercié notre guide qui a su nous faire partager sa passion sans dépasser le temps d’une communication académique a-t-il souligné !

 

                                   Bernard MILLE