Académie des

Sciences, Agriculture,  Art et Belles lettres

d'Aix-en-Provence

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Chronique d’une balade académique à Mane

 

 

 

1) Le château :

Les éléments s’étaient quelque peu déchaînés, ce mercredi 28 novembre 2012, mais il en aurait fallu davantage pour freiner l’élan des académiciens qui avaient répondu favorablement à la proposition de notre confrère Roger Bout et de son épouse.

C’est donc à la manière des soldats romains assaillant une place forte…(les boucliers ayant seulement cédé la place à des parapluies) que se produisit la lente progression des quelques élus depuis le parc à voitures jusqu’au château de Sauvan…une centaine de mètres certes, mais sous une pluie persistante ! Les portes closes suscitèrent l’inquiétude…Seule une troupe de  paons nous accueillerait ? Mais selon le schéma éprouvé au Capitole, les occupants furent alertés et notre guide, apparu à l’une des extrémités, nous interpella avec une certaine véhémence, nous priant, sans ménagement, d’essuyer nos chaussures et de fermer la porte.

 

 

Armé d’une canne effilée au pommeau d’argent, il éveilla notre crainte…pour une courte durée…car le personnage à la faconde méridionale nous introduisit de façon théâtrale dans la magie de ce château hanté par la mémoire des Forbin-Janson. (Hanté…le mot convient au lieu car il a inspiré à Pierre Magnan « Chronique d’un château hanté » !) A l’entendre cette famille tentaculaire régnait sur la Provence, la France, le monde…Les Forbin étaient sur tous les fronts mais surtout…ceux de la soie ! Heureusement leur a succédé l’avant-dernière propriétaire qui notait toutes ses ventes pour pouvoir récupérer, dans une période plus faste, ce dont elle avait dû se défaire…n’hésitant pas à repeindre des candélabres pour en dissimuler la valeur authentique ! On imagine la détermination des derniers acquéreurs pour remeubler le château, ce qui explique la connaissance précise de chaque objet exposé dont le guide, au moyen d’une maïeutique très affinée, a voulu nous faire découvrir l’usage quand celui-ci n’était pas patent. Quelle jouissance lorsque les académiciens restaient cois devant ces objets dénichés sur une étagère : un «saute-ruisseau » ou un encrier de voyage en argent dont le couvercle, au passage, avait été maintenu. fermé ! Mais quelle magnanimité lorsque l’un ou l’autre s’était risqué à donner une définition erronée…il laissait entendre que cette réponse aurait pu être correcte, que c’était bien vu !

Le passage à la chapelle, au Christ de procession dont le chef pouvait être incliné au gré du nombre des fidèles, constitua une pause…mais le rythme de la visite se poursuivit, ponctué par les coups de canne assenés aux tapis qu’il aurait mieux valu ne pas fouler ! Sa voix se modulait au gré de notre progression : solennelle dans le grand hall, cristalline dans les salons, confidentielle et entendue dans les chambres. Le registre de langue était ample, recherché quand il évoquait la formule d’usage: « la nature réclame ses droits », plus complaisamment populaire quand ses réponses s’émaillaient de « vous pouvez faire…ouah ! » s’il s’agissait de manifester l’admiration des visiteurs pour les surprises qu’il avait si bien ménagées, ou « crac », parfois répété d’ailleurs, pour passer à autre chose et « c’est la totale » quand il était parvenu au terme d’une accumulation! La chambre d’enfants donnait toute la mesure du travail accompli car les plafonds délabrés et les murs délavés révélaient le point de départ de cette entreprise courageuse et menée de façon exemplaire.

La description réaliste atteignait ses sommets lorsque passant à côté d’un mannequin fut justifiée, gestes à l’appui, l’appellation « cago-braio » si opportunément mise en parallèle avec la façon dont les jeunes portent ou plus exactement retiennent gauchement leurs pantalons depuis quelques années. Accrochés au mur, deux portraits représentant les châtelains permirent de rappeler l’usage du prêt à porter…cette pratique qui consistait à peindre, à l’avance, le vêtement et les bras pour n’avoir plus qu’à ajouter la tête…on imagine le gain de temps et la réduction de la durée des pauses ! Mais les Romains y avaient pensé pour leurs statues !

Peut-on passer sous silence le fait que dans la chambre de madame quand il fut question des draps, car rien n’était laissé de côté, le sketch de Coluche : « Omo lave plus blanc » fut renouvelé avec cette fois le concours de la Lune…et quand fut attirée l’attention sur la présence d’une auréole au plafond, le guide la justifia par le fait que les paons s’installaient parfois sur la toiture déplaçant peut-être les tuiles…ce qui rendit sceptiques certains confrères ayant sûrement oublié le paon de Jules Renard qui « monte au haut du toit et regarde du côté du soleil ».

 

 

 

De retour au rez-de-chaussée les assiettes de la salle à manger furent présentées côté pile et côté face…agrafées pour les plus anciennement restaurées, rénovées à l’identique pour les autres selon un procédé plus récent. On aura retenu que les lustres arborant des lys furent dissimulés au temps de la Révolution pour ne pas « les exciter » et que le guide se garderait bien de manger sous celui qui orne le hall, côté jardin, car il en connaît le poids !

Les Aixois furent sensibles à la présence de quelques toiles de Granet !

 

 

 

Et on retient que les propriétaires veulent céder, au département, ce joyau du XVIII° siècle auquel ils ont rendu tout son éclat…mais l’on se serait précipité si le roi y avait fait halte…Le fait que la femme de Palamède, sosie de Marie-Antoinette, ait voulu se substituer à elle à la Conciergerie ne retient pas l’attention ; le sacrifice ne paie pas…de nos jours !

 

 

 

2) Le repas

Puis vint le temps des Agapes !

 

 

L’en-tête Napolitano-biblique « Pizzeria - La Manne céleste », jeu de mots très récupérateur par rapport au nom du village qui s’écrit avec un seul « n », faut-il le rappeler, constituait une sorte de benedicite…pour couvrir peut-être, par avance tout péché de gourmandise. Chacun se disposa de façon assez spontanée sur les tables…il est à remarquer cependant que l’on ne s’est pas précipité sur celles qui alignées, évoquaient assez bien le profil  d’une table de cantine ! Quelques complicités sont apparues à la faveur des regroupements sur les petites tables…Il est à parier que les chahuteurs circonscrits  sous la première arcade à droite en entrant, au milieu de notre salle des séances vont étoffer leur compagnie !

L’hôtesse géra fort bien ses troupes…depuis les panisses qui accompagnaient le Kir jusqu’au plat de résistance…mais il fallut venir à son aide, pour le dessert, car l’attention n’étant pas aussi soutenue qu’il l’eût fallu…l’une de nos consœurs fut contrainte de prendre en mains la gestion de la crise, invitant comme en classe, chacun à écouter puis à lever la main pour que la commande puisse être enregistrée ! Les commensaux ont-ils pris conscience de la reconnaissance qu’ils lui doivent ?

 

 

 

3) Salagon

 

 

La procession, (est-il vocable plus opportun ?) vers Salagon s’effectua sous la pluie une fois encore, mais à la différence de notre visite chez Peiresc, la guide n’eut pas le cœur de nous réhydrater longuement…après quelques explications elle nous introduisit en effet dans le prieuré.

 

 

 

Ce regain de confort permit de suivre avec attention toutes les étapes de la vie du lieu habité depuis des lustres ! Néolithique moyen…, ferme indigène, villa gallo romaine de la fin du I° siècle. Et c’est à la suite de cette dernière évocation que devait fuser la question évidemment posée par le trésorier de l’Académie (on ne se trouve pas à ce poste par hasard !) « a-t-on découvert des pièces de monnaie ? » et comme la misère s’abat sur le bon peuple depuis longtemps, la réponse fut « une seule »… ensuite ses voisins l’ont vu scruter les fouilles à la recherche de cassettes oubliées… mais en vain.

 

 

 

Nous entrions enfin dans l’église du prieuré où les styles s’ordonnent depuis la fin du XI° siècle, sensibles aux remplois divers qui l’ornent. Son acoustique fut testée…grâce à l’insistance et aux talents de certaines !

 

 

Un dernier petit tour sous la pluie pour admirer la façade et c’était la dispersion ! Un grand merci à toutes celles et tous ceux qui, par l’organisation, l’accueil ou l’agrément de leur compagnie ont fait de cette journée, bien humide, un chaleureux moment de convivialité.