ACADÉMIE

d'AIX  EN  PROVENCE

L'histoire de l'Académie

L’Académie a été créée en 1808 après plusieurs initiatives :

- En 1751 est fondée une société littéraire.

- En 1762 s’y ajoute une activité agricole.

- En 1777 est reconnu par le parlement de Provence, un bureau puis une société de l’Agriculture, seront dissous par la Convention en 1793.

- En 1808  elle devient « la Société des Sciences, des Lettres, de l’Agriculture et des Arts. »  grâce à l’action du Docteur Gibelin. Napoléon I°, cédant aux instances de Balthazar Siméon et Joseph-Marie Portalis, la reconnaît. Elle organise en 1818 un concours d’éloquence judiciaire remporté par un étudiant de la faculté de droit, âgé de 21 ans, répondant au nom d’Adolphe Thiers. Elle devient officiellement « Académie » en 1829.

- Au début le nombre d’Académiciens, est fixé à 30. Des règles de fonctionnement sont définies et des communications sont données par les divers membres. Après les perturbations de la révolution de 1830, le recrutement se diversifie et les académiciens s’intéressent particulièrement à la langue provençale et à la place qui doit lui être accordée. C’est à cette période que Frédéric Mistral est élu membre correspondant.

- en 1866 l’Académie d’Aix organise avec succès le Congrès Scientifique de France.

- après 1870, l’Académie déploie son énergie pour sauver le beffroi de la mairie menacé de destruction et éviter que la faculté de droit ne soit transférée d’Aix à Marseille.

- Elle bénéficie alors de dons et legs. Grâce aux sommes versées, elle est chargée de décerner des pensions. en 1889 celle Irma Moreau alloue une somme pour que soient distribuées des pensions ouvrières..

- En 1901, Mademoiselle Dosne pour honorer une étude sur la Provence, favorise la création du prix Thiers pour honorer son beau-frère.

- En 1907 est fondé le prix Mignet récompensant  une œuvre sur l’histoire d’Aix.

Ses réunions se tenaient en des lieux divers : l’hôtel de ville, le collège des notaires, la cour d’assises, le Muséum et le Musée, jusqu’au jour où grâce au legs de Paul Arbaud, elle se sédentarise.

Le legs Paul Arbaud

En1910 Paul Arbaud,  érudit bibliophile et collectionneur, lègue par testament, à l’Académie, son hôtel particulier ainsi que tous ses ouvrages manuscrits, imprimés, ses gravures, les tableaux, les portraits qu’il détient, et une importante collection de faïences de Moustiers et de Marseille.

A sa mort, l’Académie s’installe 2 A rue du quatre septembre où elle tient une première séance le 19 mars 1912. (une plaque apposée à l’occasion du centenaire de ce legs représente l’ex-libris de Paul Arbaud, moulage en bronze réalisé par l’atelier de fonderie de l’Ecole des Arts et Métiers d’Aix)

Le château de Lourmarin

Robert Laurent-Vibert, industriel lyonnais, directeur des pétroles Hahn, mort accidentellement le 27 avril 1925, a légué à l’Académie d’Aix son château, son mobilier et sa riche bibliothèque à la condition d’y installer une sorte de Villa Médicis, à l’image de celle de Rome qui l’avait hébergé durant sa jeunesse.

D’autres legs :

Un fonds Mirabeau exceptionnel est conservé dont une série de portraits de famille légués par la comtesse de Martel, connue sous son nom d’auteur Gyp.

En 1935, enfin, Blanche d’Estienne de Saint Jean lègue l’hôtel de Boades, situé sur la place Jeanne d’Arc à la ville d’Aix à charge pour celle-ci d’en verser les revenus à l’Académie. A ce titre, une convention culturelle et financière a été récemment signée entre l’Académie et la Municipalité.

La vie suit son cours

Après la première guerre à laquelle l’Académie paie un lourd tribut en vies humaines, se généralise l’usage de choisir en plus des membres titulaires, des membres associés qui constitueront une sorte de vivier.

Passée l’épreuve de la seconde guerre mondiale, le recrutement se diversifie. L’académie continue d’accorder un prix de vertu, le plus souvent attribué aux organisations humanitaires et des prix littéraires.

Les personnalités qui ont honoré directement ou indirectement cette institution sont :

 pour l’Académie Française : l’abbé Brémond, François Mignet, Emile Henriot, Gaston Paris, Marcel Pagnol, René Huygue, Jean-Louis Vaudoyer, André Chamson, le duc de Castries, Louis Leprince-Ringuet, Marc Fumaroli ;

 pour l’Institut : Fernand Benoit, Darius Milhaud, Jean-Rémi Palanque, Pierre Rouard, Maurice Euzennat, Henri Sauguet, Henri Bernard, Marcel Landowski, Henri de Lumeley, Henri Lavagne d’Ortigue

pour les écrivains : Frédéric Mistral, Henri Bosco,  Joseph d’Arbaud, Marcel Provence et des félibres : Léon de Berluc-Perussis, Théodore Aubanel, Marius Jouveau, Bruno Durand, Marie Mauron et le savant Gaston de Saporta, l’historien Charles de Ribbe, le philosophe Maurice Blondel, le fondateur de l’Institut d’Etudes Politiques de notre ville : Paul de Geouffre de la Pradelle, l’écrivain Armand Lunel, Darius Milhaud.

Les divers membres sont élus par l’assemblée générale des titulaires, sur proposition du bureau. Ce dernier gère les affaires courantes sous la responsabilité d’un président dont le mandat est d’un an reconductible une autre année. Il est assisté du secrétaire perpétuel, également élu, qui assure la continuité.

Avec l’aide de la Direction Régionale des Affaires Culturelles a été mis en place un comité de pilotage scientifique et culturel conduit par le bureau qui associe la D.R.A.C., les collectivités locales (commune d’Aix, C.P. A, Région P.A.C.A., CG 13) aux projets de rénovation du musée.

L’année académique est liée à l’année universitaire. Les réunions se déroulent le mardi en fin d’après-midi (17h 15) pour écouter une communication dont le sujet varie selon le conférencier. Les thèmes les plus éclectiques sont abordés reposant sur des recherches personnelles ou sur une expérience professionnelle. La séance de clôture, au mois de juin, transporte les académiciens sous les plafonds à la française du château de Lourmarin. C’est à cette occasion que sont remis les prix de l’Académie.

 

 

 

En 1908 fut célébré le Premier centenaire de l’Académie d’Aix

Par Jean-Luc Kieffer

LE JEUDI 9 AVRIL 1908, l’Académie d’Aix célébrait son centenaire et toute la ville était en émoi, à l’exception de quelques esprits chagrins qui criaient à la tricherie sur la date. L’Académie se rajeunissait-elle ? Se vieillissait-elle ? La vérité est plus complexe.

C’est en effet sous le règne de Louis XV en 1764, que naît, à Aix, une société savante intitulée « Bureau d’agriculture », confirmée, le 20 janvier 1765, par un arrêt du Conseil du roi sous le titre de « Société d’agriculture de Provence ». Elle disparaît trente ans plus tard, engloutie le 8 août 1793 par le décret de la Convention qui supprime toutes les académies et sociétés littéraires. En 1808, comme le racontait Philippe Aude, président de l’Académie lors de la célébration du centenaire, « les hommes les plus éminents du clergé, de la magistrature, de l’université, les lettrés et les artistes de tous rangs, se réunirent au nombre de cent dix-neuf et décidèrent de continuer par une Société des amis des sciences, des lettres, de l’agriculture et des arts… »

Puis, le 5 avril 1829, une ordonnance royale autorise cette société à changer de titre. Elle devient « Académie des sciences, agriculture, arts et belles-lettres d’Aix ». Depuis cette date, les statuts, approuvés définitivement par décret présidentiel du 19 août 1882, n’ont connu que quelques modifications et mises à jour.

La célébration du centenaire, le 9 avril 1908, était donc licite. La journée commença à 9 h par la célébration d’une messe à l’église de la Madeleine, dans la chapelle où sont déposés les restes du grand érudit humaniste Nicolas Fabri de Peiresc (1580-1637), « un défricheur d’inconnu » selon le titre du livre qu’un académicien, André Bailly, lui a consacré en 1992.

À 10 h, réception des délégués à l’hôtel de ville. À côté des académiciens d’Aix viennent les membres d’honneur, associés régionaux, membres correspondants français et étrangers, représentants des académies et sociétés correspondantes, soit plusieurs centaines de personnes. Chiffre officiel, car près de la moitié se sont excusées, dont Frédéric Mistral, pourtant membre d’honneur de l’Académie. Dix-neuf sociétés savantes françaises ou étrangères « ont exprimé le regret de ne pouvoir désigner de délégués, à cause de la distance. » Des sociétés savantes hongroise, suédoise, brésilienne, américaine ont fait de même.

Après un premier discours d’accueil, les délégués ont visité successivement : la bibliothèque Méjanes (alors installée dans l’aile Pavillon de l’hôtel de ville), la cathédrale Saint-Sauveur où ils admirèrent les portes sculptées de Guiramand, le célèbre primitif Le Buisson ardent [355] de Nicolas Froment, le tableau de saint Mitre et les tapisseries du chœur, pour finir à l’archevêché.

Puis « des voitures les transportèrent au Musée de peinture où ils furent accueillis par le directeur M. Pontier qui leur présenta les tableaux… » que nous voyons aujourd’hui au musée Granet.

Ces visites tenaient plus du survol que de l’étude détaillée, puisqu’à midi trente, un banquet somptueux de soixante couverts attendait les invités particuliers de l’Académie à l’hôtel des Bains Sextius. Au champagne, des toasts furent portés. Le Bulletin de l’Académie qui rapporte les festivités en cite dix-huit, plus ou moins longs. Glanant ici et là, on relève un remerciement à la presse aixoise « toujours sympathique et dévouée ». Les journalistes du Mémorial d’Aix [68] et de L’Écho des Bouches-du-Rhône pouvaient être satisfaits. On ne s’étonne pas d’une mention admirative à Frédéric Mistral « âme vivante et chantante de la Provence », on apprécie un hymne à Aix, « noble cité si captivante qui a été durant tant d’années la luxueuse capitale de la Provence », on entend des vœux en flamand, en anglais et même en arabe. Enfin, une pointe de nostalgie nationaliste émeut la foule lorsque le délégué de Colmar offre ses vœux à l’Académie au nom « de la société alsacienne », alors sous le joug germanique.

La séance des toasts tirait en longueur lorsque le comte de Mougins-Roquefort « donne la note gaie et rallie tous les suffrages en proposant de célébrer le centenaire de l’Académie, non pas tous les cent ans, ce qui est banal, mais, comme celui de Jean Althen, dans la cantate vauclusienne, au moins tous les vingt ans ». Mais il fallait lever le siège car le point culminant de la fête était encore à venir.

À 3 h 30 précises, en effet, la foule se presse pour la séance publique solennelle de l’Académie dans la salle des états de Provence de l’hôtel de ville, lieu traditionnel des séances académiques. On parle de quatre cents personnes, pouvaient-ils tous tenir assis, en ces murs ancestraux ?

Le bureau de l’Académie se tient là où l’actuel maire d’Aix préside son conseil municipal. Assis aux premiers rangs, on voit les académiciens avec les invités de marque, français et étrangers. Puis viennent les épouses, habillées en fête avec de grands chapeaux, et derrière, la partie du public qui a pu trouver place dans la salle.

Le président Édouard Aude ouvre la séance et passe la parole aux orateurs prévus. Ils évoquent successivement François-Auguste Mignet (1797-1884) « cet historien philosophe, ce patriote, ce sage qui fut une gloire de son temps » [137], puis « la Provence chez elle, dans les musées de France et de l’étranger ». Un sonnet provençal est dit en l’honneur de Frédéric Mistral, et enfin, pour conclure, vient un rapport sur les prix de vertu et les pensions ouvrières fondées par Irma Moreau qui affirment la fonction bienfaitrice de l’Académie.

L’ensemble de ces communications offre un très riche contenu, les auteurs maîtrisent parfaitement la rhétorique et les habitudes littéraires de l’époque. Ils ne reculent ni devant des évocations longuement descriptives, ni devant des excursi comparatifs. Alors, on ne peut qu’admirer les capacités d’écoute des délégués et de l’ensemble de l’assistance qui furent attentifs jusqu’à 5 h 30, fin de la séance solennelle.

En conclusion, on peut citer encore les paroles du président Philippe Aude : « Je voudrais pouvoir, dès à présent, vous donner rendez-vous pour le bicentenaire de l’Académie, mais il est certain que, malgré les progrès de la longévité humaine, nous manquerions tous à l’appel, aussi, dois-je me borner à souhaiter d’y être remplacé par mon arrière-petit-fils. Puisque les académiciens sont une famille, espérons que les mêmes noms résonneront ici, en l’an de grâce 2008 ! »

 

En 2008, l’Académie fête son bicentenaire et, malgré l’élargissement des bases de son recrutement, le souhait du Dr Aude s’est confirmé en grande partie. Les académiciens forment toujours une grande famille liée par la culture et la curiosité intellectuelle, soucieuse de tenir une place dans la vie culturelle aixoise, et, grâce aux membres correspondants, de participer à une enrichissante vie internationale.

 

 

 

PAUL ARBAUD

 

 1831-1911

 

Né le 27 mars 1831 à Paris où son père est juge au tribunal de la Seine, il y passe sa jeunesse au contact de la haute fonction publique, du Parlement et des milieux académiques. Filleul et neveu du fameux chancelier Pasquier, il épouse la nièce de Gustave Robineau de Beaulieu (1801-1860), peintre estimé de l’époque romantique à Aix.

Son père, devenu veuf, rentre en Provence en 1855, et s’installe dans un élégant hôtel particulier du quartier Mazarin, à l’angle de l’actuelle rue du 4-Septembre, sur l’emplacement d’un ancien couvent des Feuillants. Son fils y habitera avec lui et en héritera.

Dans le sillage de Peiresc et de Méjanes [314], Paul Arbaud apparaît comme le modèle même de l’amateur d’art. Il passera sa vie et consacrera sa fortune à réunir des ensembles tout à fait exceptionnels, tant par l’ampleur que par la diversité et la qualité des pièces. Paul Arbaud était un « amateur », au sens originel où le définit le Larousse « celui qui a envie d’une chose et la recherche activement » ou encore qui « cultive une science ou un art pour son plaisir et avec compétence, sans en faire profession ».

 

Amoureux de l’art qu’il était prédisposé à comprendre, Paul Arbaud succédait à une pléiade d’amateurs aixois connus. L’ouvrage « Aix ancien et moderne » ne recensait pas moins de trente-quatre amateurs au moment de sa naissance, ce qui est assez remarquable pour une petite ville de province. Leurs recherches portaient sur la peinture bien sûr, mais aussi sur la sculpture, la numismatique, la gravure, la glyptique, les autographes, les livres, la minéralogie ou la physique… Il y avait à Aix un terreau pour un amateur !

 

Il consacra toute sa vie et sa fortune à réunir un ensemble tout à fait exceptionnel par l’ampleur, la qualité et la diversité des pièces. Pour mettre en valeur ses collections il fit travailler nombre d’artistes et d’artisans comme on le voit avec les plafonds, la cheminée et les décors du deuxième étage de son hôtel. Dans un livre édité en 1890 par Makaire, l’auteur parlait de la bibliothèque d’Arbaud et terminait par ces mots « Les objets d’art ne peuvent plus être décrits, ils sont également trop nombreux. »

 

Le flair de Paul Arbaud apparaît maintenant comme peu commun. Il a su acheter en Provence, à Paris, à l’étranger, à une époque où le goût était encore peu répandu. Seul un petit noyau d’amateurs éclairés a permis de sauvegarder des chefs-d’œuvre et des témoins du passé dans une indifférence généralisée, parfois teintée d’ironie. Ce goût de la conservation des belles choses de toutes les époques, produits des artistes et des artisans, avait un petit parfum désuet.

 

Amateur dans le véritable sens du terme, Paul Arbaud s’intéressait aux choses de l’art qui, suivant l’expression des Goncourt, « ont le pouvoir indicible d’enchanter l’œil, d’égayer l’esprit, de combler la solitude et d’assouplir l’âme ».

Pour mettre en valeur ses collections et leur donner un cadre digne d’elles, il fait décorer, vers 1884, par deux peintres, Denis et Audibert, le premier étage de son hôtel particulier qui s’agrémente aussi de plusieurs sculptures. Dans la pièce principale, la cheminée monumentale est ornée par Allar (grand prix de Rome), d’un bas-relief en bronze dont le moule sera brisé après sa réalisation

 

Chaque année, Arbaud se rend à Paris où il suit les réunions des sociétés de bibliophiles dont il est membre. En contact avec les relieurs parisiens tel le fameux Lortie, il correspond avec de nombreux érudits, artistes, félibres, libraires, antiquaires et avec des commissaires-priseurs provençaux ou parisiens. Ainsi enrichit-il ses collections.

Il collabore à diverses revues locales et publie un certain nombre de textes dont, en 1859, Les prédictions perpétuelles de Nostradamus. Modeste, il ne signe jamais ses écrits.

L’été, comme toute la société aixoise de l’époque, Paul Arbaud se rend à la campagne. Dans son château du Rousset, à Gréoux, au bord de la Durance, il assure la gestion du domaine, et s’adonne aux plaisirs de la chasse.

 

En octobre 1910, très affecté par la mort de son épouse et sans enfant, il rédige un testament destiné à éviter que ses collections soient dispersées. Il les lègue, ainsi que son hôtel de la rue du 4‑Septembre, à l’Académie d’Aix, dont il est membre d’honneur, à charge pour elle de les entretenir et de les ouvrir au public.

Il meurt, presque aveugle, le 17 mars 1911.