Académie des

Sciences, Agriculture,  Art et Belles lettres

d'Aix-en-Provence

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 Parcours archéologique à Cucuron

 

L’Académie, invitée à une « Balade » placée sous les auspices de notre confrère Jean-Marie Gassend, s’est donc transportée, jeudi 24 mai 2012, à Cucuron, charmant village du Vaucluse, malencontreusement situé à proximité immédiate d’Ansouis. Ce voisinage, en effet, faillit éloigner durablement notre secrétaire perpétuel qui, égaré par son chauffeur et cherchant son chemin, après les formules d’usage, tint à un villageois de La Tour d’Aigues à peu près ce propos : « on voudrait aller à  Ansouis ». Sachant que notre cher confrère est originaire des Provinces de l’Est de l’hexagone, qu’il y avait un peu de bruit à l’entrée du village et que c’était à quelques pas de la coopérative…il lui fut répondu « Oh mais Monsieur, pour la Suisse, vous vous êtes éloigné, il faut reprendre l’autoroute ».

Au village l’attente, pour ceux qui étaient à l’heure, fut accompagnée d’un petit café au bord de l’étang tandis que le président montait la garde pour récupérer ses troupes. Quand elles furent rassemblées, notre confrère Jean-Marie Gassend, recourant aux services d’un tableau blanc qu’il avait apporté pour la circonstance, commença par circonscrire le lieu de notre exploration et nous plongea dans de grandes inquiétudes par l’évocation des étranges soubresauts des plaques tectoniques et comme c’était  vraisemblablement insuffisant, il ajouta le voisinage d’un gouffre aux profondeurs abyssales sous Cadarache. Heureusement, dans la suite de son propos, apparut le terme de molasse plus rassurant dans la terminologie provençale quant à la rapidité des mouvements du sol sur lequel nous avions peut être inconsidérément mis les pieds.

Il nous prépara à la visite du Musée local où nous aurions à découvrir en priorité, un graffito, des masques, une stèle et un lit funéraire.

Notre trésorier qui s’était déjà rendu au musée, et on l’en a cru, nous servit de guide et nous engagea dans un raccourci qui se révéla une sorte d’impasse. Il fallut rebrousser chemin et par une étroite venelle pourvue d’un escalier pentu et à la largeur peu généreuse, nous regagnâmes la grand-rue, sains et saufs.

Le gardien du Musée, chasseur de sangliers à ses heures, nous accueillit fort chaleureusement et nous montra avec faconde et une fierté non dissimulée son bureau d’écolier et son plumier car les collections sont variées et évoquent aussi la vie du village.

La stèle préhistorique composée d’un bouclier, d’une épée et d’un casque fut notre première découverte en matière d’antiquité.

Une petite incursion dans une salle en réfection fut l’occasion d’admirer un trumeau où se devinait Sainte Victoire, était-il du XVIII° siècle, du XIX° ? non, c’était  seulement l’œuvre de notre confrère Jean-Marie Gassend.

C’était la transition avant de rencontrer le graffito du bateau du Viely si précis qu’il suscita l’intérêt, d’autant que notre guide nous avait dit que les 525 fragments découverts avaient été redéposés patiemment sur « une aile du Concorde » ou un matériau semblable et la reconstitution aquarellée par ses soins, permit de se faire une idée plus exacte de ce moyen de transport élégant.

Tout le monde rechercha les petits cœurs qui ornaient la coque et le dessin de la voile délibérément rectangulaire mit un terme à l’interrogation sur sa forme, sujet d’une discussion préliminaire à la visite. L’introduction avait été écoutée avec attention.

Les péripéties qui précédèrent l’accroche de l’œuvre dans le Musée de Cucuron et la mobilisation d’une population cultivée et attachée à cette terre furent évoquées.

Les visiteurs s’attardèrent d’ailleurs dans cette salle illuminée, emmagasinant une clarté qui ferait défaut dans la pièce suivante où, faute d’ampoules électriques, il fallut deviner les masques et les décorations du lit funéraire au moyen de la lueur des portables ou de la lampe à dynamo de notre guide ce qui le contraignit à une « gestuelle répétitive ».

Une fois entrés dans cette pièce obscure, les 4 masques de grande taille du mausolée dont on apprit qu’ils étaient des acrotères disposés aux angles d’un monument funéraire, retinrent l’attention pour leur qualité. On les date du premier siècle après Jésus-Christ.

Dans une vitrine on pouvait admirer les fragments d’os gravés ou sculptés qui servaient d’ornements au lit funéraire et la reconstitution permettait de se faire une idée assez exacte de l’ensemble. On pense que les sculptures ont été réalisées en Italie et que le montage est gallo-romain.

Nous eûmes une pensée émue pour notre confrère Alban d’Hauthuille dont la famille hanta les lieux.

 

La formule de notre guide : « on est dans les temps »…nous permit de faire, avant l’heure des agapes, une halte à l’église Notre Dame de Beaulieu, construction du XII° siècle remaniée.

 

Notre attention fut attirée par le vaste retable du maître-autel dont la structure de marbre était auparavant dans la chapelle de La  Visitation d’Aix (actuellement Sainte Catherine de Sienne) et fut rachetée au XVIII° par la paroisse de Cucuron.

 

Dans une chapelle latérale dédiée à Sainte Tulle, ermite et fille d’ermite ayant vécu au VI° dans les falaises qui surplombent la Durance, nous pûmes admirer la finesse des traits de la sainte. Il est intéressant de savoir que le retable et l’autel qui lui servent d’écrin ont été peints au XVIII° siècle dans un ton de bois clair.

 

Un tableau représentant Saint Pierre si l’on en juge par les clés et la tiare disposées sur une table retint encore l’attention.  A quel homme d’Eglise dont les armes sont dominées par une mitre et une crosse doit-on la commande? Voici une devinette pour académicien !

Avant de sortir l’attention était attirée vers le buffet d’orgue, à la mesure de cette église de village aux dimensions assez vastes.

De gros blocs rectangulaires décourageant les voitures d’envahir le parvis offrirent un siège rafraîchissant et favorisèrent les échanges avec notre guide. Elles n’avaient pas évité que vienne se loger  dans les rainures de la décoration de la façade, une balle de tennis, témoin de la vie locale, et moins agressive que les boulets de canon du duc d’Epernon inscrits dans la façade de notre cathédrale !

 

 

 

A l’ombre des platanes qui s’égrènent le long d’un grand bassin dénommé étang, la table avait été dressée et nous accueillit.

Le temps du repas favorisa les échanges d’autant que le menu était le même pour tous, formule qui évite toute perte de temps.

L’après-midi fut consacré à la découverte d’une autre partie du village.

Le cheminement vers le donjon était agrémenté d’étapes permettant d’admirer de magnifiques constructions du XVII° siècle. Le passage par la porte du beffroi donna l’occasion d’en entendre l’histoire et l’on sut ainsi comment on peut passer d’une simple porte à une tour de l’horloge couronnée d’éléments en fer forgé dorés à l’or fin.

Et la montée se poursuivait tandis que les nuages s’amoncelaient au loin, et en particulier au-dessus de Reillanne, où l’ordinateur d’un confrère qui nous accompagnait, était resté branché, ce qui menaçait de compromettre une future communication sur Giono !

La hauteur favorisait la vue plongeante sur le village qui se découvrait toujours davantage sur ce fond de nuages menaçants.

Nous parvînmes au sommet, heureux de pouvoir admirer depuis ce donjon Saint Michel généreusement offert à la commune par grand-mère  Zoé (communication du 7 décembre 2010) le panorama qui se développe depuis cette hauteur et qui embrasse toute la vallée.

Avec beaucoup d’amusement, on découvrit que certains académiciens très sérieux, se livrèrent jadis à de mémorables farces.

Avant le départ a été formé le souhait que soit constituée, dans le cadre de l’Académie, une commission « animation » .